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Une comédie d’une incroyable actualité, une mise en scène et une scénographie au service du texte des acteurs, Angelo Bison redoutable Tartuffe !

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Proposer une comédie en alexandrins au XXIe siècle, ringard ? Monique Lenoble nous prouve le contraire en mettant en scène « Tartuffe ou l’Imposteur » de Molière au Théâtre du Parc de Bruxelles. Nous ne cachons pas qu’il a fallu nous accrocher durant les premières répliques, le temps que nos sens s’habituent à un autre langage. La mise en scène et la scénographie nous y aident. Elles sont au service du texte et des acteurs. Un espace scénique en ½ cercle, une élégante banquette : une belle épure. L’enjeu n’est pas dans le décor mais dans les dialogues si pas les affrontements.

Orgon– Alexandre von Sivers, superbe de naïveté et de mauvaise foi – est sous la coupe des paroles et des gestes du faux dévot Tartuffe. Angelo Bison incarne ce dernier d’une manière redoutable. Son visage, ses yeux, sa voix, sa démarche vous hypnotisent. Nous pourrions succomber. Heureusement, il y a Dorine – incarnée par la convaincante Catherine Grosjean – suivante de la fille d’Orgon. Elle ironise, affronte, dialogue, brave son maître pour lui rendre raison. Voilà le véritable enjeu : nous mettre en garde contre les imposteurs, les manipulateurs, les escrocs.

Nous n’avons pas beaucoup ri. Etonnant qu’un texte du XVIIe siècle nous touche dans notre histoire ! Nous n’aimons pas les manipulateurs. Ils détournent les idéaux qu’ils soient religieux, philosophiques ou politiques. Ils profitent de la fragilité des personnes pour imposer leur pouvoir, pour les dépouiller de leurs biens voire même de leur être profond. Comment réagir ? Nous comprenons Damis, fils d’Orgon et sa révolte, même si elle n’aboutit à rien. La raison devrait nous pousser du côté de Dorine. Pourrions-nous nous livrer « aux Tartuffes » comme Elmire, épouse d’Orgon, pour que la vérité éclate ? Elmire (Laurence d’Amelio avec grande élégance) reste à la fois belle, digne et fidèle, malgré l’outrage du pervers.

Terminons par souligner la belle cohérence de l’ensemble des acteurs. Si le jeu des plus jeunes peut être encore un peu vert, il augure de beaux moments. Leur enthousiasme est convaincant. Pour revenir encore un instant sur la scénographie, quelle belle idée que ces portes qui ouvrent l’espace scénique – ne fût-ce qu’un instant – sur un autre lieu. Elles suggèrent sans accaparer l’attention.

Monique Lenoble a réussi son pari : nous rappeler la force et la pertinence d’un texte du XVIIe, sans artifice. Si vous ne l’avez pas encore vu, courez au Théâtre du Parc jusqu’au 5 avril.

Christophe Collard

 

 

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